[gtranslate]

Le défi de la vie dans les camps militaires pour l'Église des Frères pendant la Première Guerre mondiale

Par Andrew Pankratz

Avec l'aimable autorisation de la bibliothèque et des archives historiques des Frères

Lorsque les États-Unis entrèrent en guerre en avril 1917, l'Église des Frères fut confrontée à un défi majeur quant à son témoignage de paix. La position pacifiste traditionnelle des Frères les opposait à la définition du patriotisme en vigueur dans la société américaine, qui consistait à tout faire pour soutenir l'effort de guerre (y compris combattre en Europe, acheter des bons de guerre, soutenir la Croix-Rouge, etc.). Comment pouvaient-ils rester fidèles à leur position pacifiste en pleine hystérie guerrière nationale ? Pouvaient-ils maintenir leur principe de non-résistance tout en manifestant leur loyauté envers les États-Unis ? Ce défi était particulièrement criant pour les Frères internés dans les camps militaires après le début de la conscription en juin 1917.

Suite à la déclaration de guerre à l'Allemagne le 6 avril 1917, le gouvernement américain dut lever une armée importante. Après des débats au Congrès, le président Woodrow Wilson promulgua une loi instaurant la conscription sélective nationale. Cette loi, tout en prévoyant des dispositions pour les objecteurs de conscience, ne les exemptait pas du service militaire obligatoire. Les objecteurs de conscience devaient s'enregistrer et se présenter aux camps militaires lors de leur incorporation. Cependant, leur sort une fois dans les camps restait à déterminer. En réalité, le gouvernement ne proposa de solution de remplacement adéquate pour les objecteurs de conscience qu'en mars 1918, près d'un an après l'entrée en guerre des États-Unis.

Le 5 juin 1917, tous les hommes américains âgés de 21 à 31 ans durent s'inscrire pour le service militaire. Le gouvernement appela les premiers hommes début août 1917. Avec l'instauration de la conscription, les jeunes hommes de l'Église des Frères durent choisir leur mode de service. Ils pouvaient s'engager comme combattants, servir comme non-combattants (ingénieurs, personnel hospitalier, etc.), ou refuser tout service, considérant que les deux options impliquaient de tuer un semblable. Si la majorité des Frères choisirent un service non-combattant, un nombre important d'entre eux refusèrent tout service, combattant ou non-combattant. Ce furent ces derniers qui subirent les traitements les plus durs dans les camps militaires. Ils subissaient souvent des mauvais traitements de la part d'autres soldats et officiers, tandis que la menace d'une cour martiale et d'une peine d'emprisonnement planait sur eux.

Photographie d'une caserne militaire pour objecteurs de conscience pendant la Première Guerre mondiale. Avec l'aimable autorisation de la Brethren Historical Library and Archives

La vie au camp pour les quelques centaines de Frères qui refusaient le service militaire, combattant ou non, s'avéra une épreuve terrible. Souvent, cette épreuve commençait lorsque les jeunes Frères refusaient de porter l'uniforme ou d'effectuer le moindre travail militaire. Pour beaucoup d'entre eux, porter l'uniforme ou travailler sur la base revenait à soutenir l'effort de guerre et à tuer un frère. En refusant de porter l'uniforme ou d'accomplir les tâches du camp, les Frères subirent des traitements cruels. Certains furent contraints de rester debout au garde-à-vous pendant des heures sous un soleil de plomb, de prendre des douches glacées tout en étant frottés à coups de balai jusqu'à ce que leur peau soit à vif, de faire de longues marches sous la menace des baïonnettes, de subir des coups, de se soumettre à une immersion dans des matières fécales dans les latrines (faux baptêmes) et à des simulacres d'exécution.Aumoins un Frère fut même enduit de goudron et de plumes.2 De plus, de nombreux jeunes Frères durent passer leurs premiers jours chez les soldats réguliers, qui voyaient d’un mauvais œil leur refus de porter les armes. D’autres Frères furent confinés dans des baraquements de gardes pendant des jours entiers.

but de contraindre les Frères et autres objecteurs de conscience à devenir combattants.le même titre que les soldats désobéissants.au

Fort Leavenworth, où furent emprisonnés des objecteurs de conscience traduits en cour martiale durant la Première Guerre mondiale. Avec l'aimable autorisation de la Bibliothèque et des Archives historiques des Frères

À la fin de la guerre, 504 objecteurs de conscience (mennonites, quakers, membres de l'Église des Frères et autres groupes minoritaires) détenus dans des camps militaires furent traduits en cour martiale. Parmi eux, 17 furent condamnés à mort, 142 à la prison à vie et les autres à des peines allant de 5 à 99 ans (la médiane étant de 16 ans et demi).Après la fin de la guerre en novembre 1918, nombre d'entre eux furent libérés en 1919. Les autres objecteurs de conscience furent libérés durant la première moitié des années 1920.

Bien que le traitement brutal infligé aux Frères et aux autres objecteurs de conscience durant la Première Guerre mondiale constitue un épisode honteux de l'histoire des États-Unis, il a offert une leçon précieuse tant au gouvernement qu'à l'Église des Frères. Le gouvernement s'est trouvé démuni face à un groupe d'objecteurs de conscience aussi dévoués et a manqué de respect à leurs convictions religieuses. Quant à l'Église des Frères, elle s'est également trouvée démunie face à la conscription et aux conditions de vie difficiles des camps militaires.⁶. À l'aube de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement et l'Église des Frères, forts de ces épreuves, ont mis en place une solution plus adaptée : les camps de la CPS (Clinical Protection Service)


1. Durnbaugh, Donald F. Fruit of the Vine: A History of the Brethren, 1708-1995. Elgin, IL: Brethren Press, 1997. P. 417.
2. Bowman, Rufus D. The Church of the Brethren and War: 1708-1941. Elgin, IL: Brethren Publishing House, 1944. P. 200.
3. Bowman, p. 223.
4. Bowman, p. 224.
5. Durnbaugh, p. 418.
6. Bowman, p. 232.

[gt-link lang="en" label="Anglais" widget_look="flags_name"]