Guerre
Déclaration de l'Église des Frères de 1970
Cette déclaration a été initialement adoptée par la Conférence annuelle de 1948 sous le titre « Déclaration sur la position et les pratiques de l’Église des Frères en matière de guerre ». Cette version inclut des révisions apportées par les Conférences annuelles de 1957, 1968 et 1970.
L'Église des Frères déplore avec tristesse et une profonde inquiétude la montée en puissance d'une vision militariste permanente au sein de notre nation. Deux guerres mondiales dévastatrices, le conflit coréen, la guerre du Vietnam et les nombreuses crises internationales de ces dernières décennies ont engendré une évolution alarmante de l'attitude des Américains face à la guerre et à la paix. L'opinion publique américaine risque de considérer comme normale et inévitable la perspective que le pays doive être prêt à entrer en guerre à tout moment, que chaque jeune homme doive effectuer son service militaire, qu'une part considérable de nos impôts fédéraux soit consacrée aux besoins militaires et que notre pays soit toujours disposé à assumer le fardeau militaire d'alliés plus faibles, actuels ou potentiels.
En raison de notre désaccord total avec ces présupposés, l'Église des Frères souhaite à nouveau, comme à d'autres moments de son histoire, réaffirmer ses convictions concernant la guerre et la paix, le service militaire et la conscription, l'utilisation des impôts à des fins militaires, le droit à la liberté de conscience chrétienne et la responsabilité du citoyen chrétien.
I. L'Église et l'éducation spirituelle
L’Église des Frères s’efforce, par l’éducation et l’accompagnement spirituel, d’aider ses membres à cultiver en eux un esprit de paix et une attitude de non-violence, fruits d’une profonde conviction religieuse. Ils sont encouragés à manifester cet esprit dans leurs relations quotidiennes, à la maison, à l’école, au travail et dans la communauté.
C’est dans ce but que nous proposons nos services de culte, notre ministère de prédication, nos activités d’enseignement du dimanche et de la semaine, nos camps d’été, nos collèges et notre séminaire, notre accompagnement individuel, notre programme de bénévolat, notre action continue d’aide et de réhabilitation, ainsi que notre programme d’expansion de l’Église. Nous cherchons ainsi à amener chacun à une relation si intime avec Jésus-Christ, notre Seigneur, qu’il s’engage envers lui et envers le mode de vie qu’il a enseigné et incarné.
Nous croyons qu'un tel engagement conduit à la voie de l'amour et de la non-violence comme principe central de la conduite chrétienne, tout en sachant pertinemment que, ce faisant, la violence peut s'abattre sur nous comme elle s'est abattue sur Jésus. Nous reconnaissons que l'atteinte de ce but recherché varie selon les individus et les Églises. Mais nous cherchons à maintenir une communion profonde et grandissante entre nous et avec notre Maître afin de mieux connaître son dessein et d'accomplir sa volonté.
II. L'Église et la conscience
L'Église s'est également prononcée en faveur des principes de liberté de culte et de liberté de conscience. Elle respecte le droit à la conscience individuelle de ses membres et n'a jamais établi de credo faisant autorité. Elle accepte plutôt l'intégralité du Nouveau Testament comme règle de foi et de pratique et s'efforce d'amener ses membres à comprendre et à accepter par eux-mêmes la pensée du Christ comme guide pour leurs convictions et leur conduite.
Nous croyons qu’aucun gouvernement n’a le droit de bafouer le droit à la liberté de conscience individuelle. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29).
La position officielle de l'Église des Frères est que toute guerre est un péché et que nous revendiquons le droit à l'objection de conscience contre toute guerre. Nous ne sollicitons aucun privilège particulier auprès de notre gouvernement. Ce que nous revendiquons pour nous-mêmes, nous le revendiquons pour tous : la liberté de conscience individuelle. Nous affirmons que cette objection de conscience peut s'appliquer à toute guerre, déclarée ou non ; à certaines guerres ; et à certaines formes de guerre. Nous affirmons également que l'objection de conscience peut reposer sur des fondements plus larges que la religion institutionnelle.
III. L'Église et la guerre
Depuis sa fondation en 1708, l'Église des Frères a maintes fois affirmé sa position contre la guerre. Notre compréhension de la vie et des enseignements du Christ, tels que révélés dans le Nouveau Testament, a conduit notre Conférence annuelle à déclarer en 1785 que nous ne devions pas « nous soumettre aux puissances supérieures au point de devenir leurs instruments pour verser le sang humain ». En 1918, lors de notre Conférence annuelle, nous avons déclaré : « Nous croyons que la guerre, ou toute participation à une guerre, est mauvaise et incompatible avec l'esprit, l'exemple et les enseignements de Jésus-Christ. » De nouveau, en 1934, la Conférence annuelle a résolu que toute guerre est un péché. Nous ne pouvons donc ni encourager, ni participer, ni tirer profit sciemment d'un conflit armé, que ce soit au pays ou à l'étranger. En cas de guerre, nous ne pouvons accepter le service militaire ni soutenir l'armée de quelque manière que ce soit. Cette conviction, que nous avons réaffirmée en 1948 et que nous réaffirmons aujourd'hui, découle d'enseignements du Christ tels que les suivants :
« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent. À celui qui te frappe sur la joue, tends-lui aussi l’autre… » (Luc 6, 27-28).
« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux ; car c’est la loi et les prophètes » (Matthieu 7:12).
« Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Matthieu 26:52).
IV. L'Église et la conscription
L'Église des Frères se sent tenue, par les enseignements du Christ, d'amener ses fidèles à développer des convictions contre la guerre. Elle ne peut céder à l'État le pouvoir de contraindre les citoyens à l'entraînement ou au service militaire contre leur conscience.
L'Église s'efforcera de remplir son rôle prophétique en la matière de deux manières : en œuvrant à la transformation des structures politiques et en influençant individuellement ses membres. Elle cherchera à user de son influence pour abolir ou restructurer en profondeur le système de conscription militaire.
L'Église assure de son soutien et de sa fraternité à tous ses membres en âge d'être appelés sous les drapeaux. Nous comprenons que certains se sentent tenus d'effectuer leur service militaire, qu'il soit actif ou non, et nous respectons tous ceux qui font ce choix.
Nous recommandons à tous les jeunes en âge d'être appelés sous les drapeaux, à leurs parents, conseillers et membres de la communauté, les options suivantes : (1) le service civil alternatif en tant qu'objecteurs de conscience, ou (2) la non-coopération ouverte et non violente avec le système de conscription. L'Église s'engage à renouveler et à redoubler d'efforts pour expliquer à tous ses membres, à tous les niveaux de la vie ecclésiale, ces options qui, selon nous, sont en accord avec le mode de vie prôné par l'Évangile et exprimé dans la foi et le témoignage historiques de notre Église.
L'Église étend ses prières, son soutien spirituel et son aide matérielle à tous ceux qui luttent et souffrent afin de mieux comprendre et d'obéir plus parfaitement à la volonté de Dieu.
V. L'Église et les services alternatifs
L'Église s'engage à soutenir tout membre en âge d'être mobilisé qui, en tant qu'objecteur de conscience, choisit de s'engager dans un service civil alternatif constructif. Ce service peut inclure la participation à des opérations de secours et de reconstruction dans des zones de guerre ou de catastrophe partout dans le monde ; une assistance technique, agricole, médicale ou éducative dans les pays en développement ; un service dans des hôpitaux généraux ou psychiatriques, des écoles pour personnes handicapées, des maisons de retraite et des institutions similaires ; et des recherches médicales ou scientifiques prometteuses pour le bien de l'humanité.
L'église cherchera à établir, administrer et financer, dans la limite de ses ressources, des projets de ce type, soit sous sa direction, soit en coopération avec d'autres organismes civils privés.
VI. L’Église et la non-coopération
L'Église s'engage à soutenir tout membre en âge d'être mobilisé qui, en tant qu'objecteur de conscience, choisit de refuser ouvertement le service militaire. Ceux qui suivent leur conscience et adoptent cette position auront besoin du soutien de l'Église de diverses manières. L'Église s'efforcera de répondre à ces besoins, dans la limite de ses ressources, en proposant notamment des services de conseil juridique, d'aide financière et de visites en prison. Afin de témoigner de leur solidarité et de leur fraternité envers les objecteurs de conscience, les paroisses sont encouragées à leur offrir un refuge et un soutien spirituel. Tous les membres de l'Église qui choisissent le refus de coopérer doivent s'efforcer de manifester humilité, bienveillance et sincérité pour que ce témoignage courageux soit le plus efficace, non violent et conforme aux valeurs chrétiennes.
VII. L’Église et les exemptions ministérielles
L’Église des Frères reconnaît que le ministre ne recherche aucun privilège particulier et partage la vie de son peuple. Par conséquent, elle exhorte ceux qui pourraient bénéficier d’une exemption ministérielle à l’égard du projet de loi à envisager de la refuser et à s’y opposer sur un pied d’égalité avec les laïcs.
VIII. L'Église et le soutien à la défense nationale
Nous réaffirmons que nos membres ne doivent ni participer à la guerre, ni apprendre l'art de la guerre, ni soutenir la guerre.
Tout en reconnaissant que presque tous les aspects de l'économie sont directement ou indirectement liés à la défense nationale, nous encourageons nos membres à se dissocier autant que possible de toute association directe avec les industries de la défense, tant en matière d'emploi que d'investissement.
Tout en reconnaissant la nécessité de préserver la liberté académique, nous estimons que le recrutement par les forces armées sur les campus des collèges des Frères est incompatible avec la position de l'Église.
IX. L'Église et les impôts à des fins de guerre
L’Église des Frères reconnaît la responsabilité de chaque citoyen de payer des impôts pour le bon fonctionnement de l’État. Elle s’oppose cependant à l’utilisation des impôts par le gouvernement à des fins de guerre et de dépenses militaires. Pour ceux qui, par conviction, refusent de payer des impôts à ces fins, l’Église demande au gouvernement de prévoir une autre utilisation de ces fonds publics, à des fins pacifiques et non militaires.
L'Église reconnaît que ses membres auront des opinions et des comportements différents concernant le paiement de leurs impôts lorsqu'une part importante de ces derniers est consacrée à l'effort de guerre et aux dépenses militaires. Certains paieront leurs impôts de bon gré ; d'autres les paieront tout en protestant auprès du gouvernement ; d'autres encore refuseront de payer tout ou partie de leurs impôts en signe de protestation ; et certains limiteront volontairement leurs revenus ou leur recours aux services imposables à un niveau suffisamment bas pour ne pas être imposables.
Nous invitons tous nos membres, congrégations, institutions et conseils d'administration à étudier sérieusement la question du financement de la guerre par l'impôt et des investissements dans les obligations d'État qui soutiennent l'effort de guerre. Nous les invitons également à agir en fonction de cette étude, de leur conscience et de leur compréhension de la foi chrétienne. Nous nous engageons auprès de tous à poursuivre notre ministère de fraternité et de soutien spirituel.
X. L'Église et la citoyenneté
L'Église affirme que notre citoyenneté suprême se trouve dans le Royaume de Dieu, mais nous nous engageons à servir l'État de manière constructive et créative. Nous encourageons nos membres à exercer leur droit de vote et à considérer les fonctions publiques comme une occasion de contribuer à une bonne gouvernance, en accord avec nos valeurs chrétiennes. Nous croyons qu'en démocratie, les chrétiens ont la responsabilité de contribuer à former une opinion publique éclairée, qui aboutira à une législation conforme aux lois éternelles de Dieu.
En tant que citoyens chrétiens, nous considérons qu'il est de notre devoir d'obéir à toutes les lois civiles qui ne contreviennent pas à ces lois supérieures. Nous cherchons cependant à aller au-delà des exigences légales, en consacrant notre temps, nos efforts, notre vie et nos biens à un ministère au service des besoins humains, sans distinction de race, de croyance ou de nationalité. Nous nous efforçons de réconcilier les personnes et les groupes en conflit, en les guidant vers une fraternité humaine plus profonde sous une même foi divine.
Nous croyons que la citoyenneté responsable s'étend au-delà de nos frontières nationales et contribue à prévenir les conflits armés. Convaincus que, dans une société juste, les citoyens responsables doivent trouver des solutions autres que la guerre pour résoudre les conflits internationaux, nous nous sommes efforcés ces dernières années de rechercher activement des moyens pratiques et efficaces d'y parvenir.
L'Église encourage ses membres à étudier les relations internationales et la politique étrangère et à dialoguer avec les législateurs, les dirigeants gouvernementaux et autres décideurs politiques sur ces questions, à la lumière de la foi chrétienne. Nous sommes favorables au renforcement des organismes de coopération internationale ; à une compréhension éclairée du désir d'autonomie et d'un niveau de vie plus élevé des populations des régions sous-développées ; et à un approfondissement de l'étude et de l'application des utilisations pacifiques et constructives de l'énergie atomique au profit de toute l'humanité.
XI. L’Église et son témoignage continu
L’Église des Frères a toujours cru que la paix est la volonté de Dieu. Au cours de ses deux siècles et demi d’histoire, elle a acquis une compréhension plus profonde du mal immense que la guerre inflige aux êtres humains et à la société. L’Église ressent donc une responsabilité croissante quant à l’instruction et à l’accompagnement attentifs de ses membres sur tous les problèmes liés à la guerre et à la paix. Elle est également consciente qu’il est possible d’approfondir encore la compréhension de ces questions et de traduire ses convictions en actions concrètes.
Cette déclaration reflète le stade de réflexion et d'action atteint jusqu'à présent par l'Église des Frères dans son désir de connaître la volonté de Dieu pour notre temps. Nous nous engageons à témoigner de manière continue et croissante et à rester ouverts aux nouvelles vérités et aux meilleurs modes d'expression qui se présentent à nous.
La position du Comité permanent a été présentée par John H. Eberly.
Décision de la Conférence annuelle de 1970 : Les amendements proposés à la Déclaration ont été adoptés à la majorité des deux tiers requise. Dans la version intégrale de la Déclaration reproduite ci-dessus, les amendements concernent les sections IV et V, tandis que les sections VI et VIII sont des ajouts. Le résultat du vote sur l’adoption de ces amendements a été le suivant : Pour – 754 ; Contre – 103.
