
Il est peut-être plus difficile de le percevoir à travers nos apparences , nos biens matériels et nos agendas surchargés, mais nous affirmons depuis longtemps que la simplicité volontaire est essentielle à notre identité de Frères. Face à une Terre menacée par la surexploitation des ressources et la pollution, et à des vies de plus en plus frénétiques, la simplicité volontaire pourrait être l'un des apports uniques que les Frères offrent à la société.
Tim et Wanda Joseph, de Brethren, dans le Michigan, ont consacré leur vie à vivre selon cette valeur des Frères. Wanda se souvenait des leçons de son enfance, des histoires racontées par le cousin de sa mère, Dan West. Ce dernier prônait ardemment la simplicité volontaire, mais son épouse, Lucy, était plus partagée. Pendant qu'il parcourait le monde pour donner des conférences, elle restait à la maison à s'occuper des travaux de la ferme et de la maison. Pour elle, une vie vraiment simple aurait consisté à monter le thermostat quand la maison était froide. Mais non, il fallait couper du bois, l'empiler, le rentrer, le réempiler, le couper en petit bois et l'alimenter dans le poêle pour la prochaine heure de chauffage. D'après son expérience, la simplicité volontaire impliquait beaucoup plus de travail pour les femmes.
Les Joseph ont construit leur maison avec des pierres locales et du bois provenant d'arbres abattus sur leur terrain et dans les environs. Les plafonds sont faits de planches de pin à rainure et languette de dix centimètres de large. Wanda se souvient d'une pensée qui lui est venue à l'esprit en posant une planche. Cette planche avait été manipulée tant de fois : abattue, transportée à la scierie, débitée, rabotée trois fois, puis coupée à la longueur voulue. Tant de travail pour couvrir dix centimètres ! Comme le disait Wanda : « Vivre simplement n'est pas simple en termes d'énergie. Celui qui souhaite vivre simplement doit s'engager à travailler dur et ne pas en faire peser le fardeau sur autrui. »
Elle réfléchissait au sens de ce travail : « L’objectif est de vivre au plus près de la nature, autant que possible, par exemple en confectionnant des tapis de chiffons… Je me souviens de ma grand-mère Schrock, en fauteuil roulant, tressant des tapis de chiffons. Elle découpait des bandes de vieux vêtements usés pour les fabriquer. On obtient ainsi un sol plus chaud, on évite que les tissus ne finissent à la décharge et on partage aussi un peu de soi-même. »
La simplicité volontaire, lorsqu'elle est bien vécue, ne se résume pas à se priver de choses superflues. Dans sa forme la plus aboutie, elle consiste à enrichir délibérément sa vie, à tisser des liens et à embellir le monde. Elle implique de choisir de partager ses ressources et de développer une plus grande interdépendance.
Chaque automne, les Josephs, avec l'aide de leurs voisins et amis de l'église, fabriquent plus de 100 pintes de compote de pommes. Ce travail mobilise de nombreuses personnes, qui profitent toutes des fruits de leur labeur.
Acheter local est un autre choix qui soutient les voisins. Une amie handicapée dépend de la vente de ses bijoux pour payer ses factures. Acheter chez elle plutôt que chez une grande entreprise fera une différence, même minime, de 10 ou 50 dollars.
Soutenez une utilisation respectueuse des ressources terrestres. Respecter les plantes, les fibres et les minéraux, c'est contribuer à la pérennité de la planète.
Et Wanda ajouta : « La simplicité doit aussi inclure la beauté. Une vie austère et sans charme n’a aucun sens pour moi, dans un monde orné de beauté. Montrez aux enfants les feuilles, les fleurs, les pierres. Aidez-les à voir et à apprécier toute la richesse qui nous entoure. »
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La simplicité est la voie de Jésus
La simplicité est la voie de Jésus, un don de Dieu. Le Nouveau Testament et la direction du Saint-Esprit ont conduit les Frères à pratiquer cette voie de simplicité. Nous affirmons notre héritage, qui remonte à des personnes comme Anna et Alexander Mack, qui ont consacré leur vie et leurs biens au service de Dieu jusqu'à leur mort, dans la pauvreté matérielle et la richesse spirituelle. La simplicité, c'est vivre non pas conformé au monde, mais transformé par le Christ. Ni les règles, ni les programmes, ni les réponses simplistes, ni le légalisme ne peuvent définir pleinement la simplicité. La simplicité de Jésus est au cœur de l'Évangile. Elle est essentielle à notre foi et à notre pratique, et non optionnelle. La reléguer au second plan est un péché. Vivre simplement est parfois difficile. Mais à ceux qui s'engagent sur ce chemin d'humilité, Dieu donne joie et paix.
« Le contexte dans lequel nous abordons aujourd’hui la question de la simplicité volontaire est celui d’une population mondiale vivant avec bien moins que nous, en Amérique du Nord. Depuis la dernière déclaration de la conférence sur le mode de vie chrétien, le fossé entre riches et pauvres s’est creusé dans le monde, aux États-Unis et parmi les Frères. La pauvreté s’est accrue, et le nombre d’enfants qui y vivent a augmenté. Les modes de vie consuméristes ravagent la planète et épuisent les ressources qui pourraient être partagées avec les plus démunis. Ces modes de vie nous éloignent de la grâce et de l’humilité de notre Seigneur Jésus-Christ, qui s’est dépouillé de son sang pour nous offrir une autre voie. »
—Extrait de « Une vie simple », déclaration de la conférence annuelle de 1996[/encadré jaune]
Frances Townsend est pasteure dans le Michigan, au service de l'Église des Frères d'Onekama et de l'Église des Frères de Marilla.

