Revue de presse | 19 juillet 2018

Ce que signifie être voisin

Simplicité. Communauté. Douceur. Intégrité. Paix. Humilité. Espoir. Agape.

Ces valeurs radicales et glorieuses, chères et pratiquées par l'Église des Frères, imprègnent chaque image du nouveau documentaire sur « Monsieur » Fred Rogers, Won't You Be My Neighbor . Même la fameuse agape y fait une apparition : cette figure emblématique et improbable invite un policier noir à se rafraîchir les pieds dans une pataugeoire.

L'histoire se déroule à l'époque de la ségrégation raciale, comme le film nous le rappelle. Morgan Neville, qui a produit le film avec Nicholas Ma et Caryn Capotosto (Tremolo Productions), le traite avec habileté, audace et perspicacité.

Nous sommes contraints d'assister à la scène insoutenable où James Brock, directeur d'hôtel, déverse de l'acide chlorhydrique dans une piscine où nagent des enfants noirs terrifiés. Mais, en contraste avec cette scène horrible, on découvre la complicité de Rogers et du policier, qui patientent. Et l'instant d'illumination où ces deux hommes, le pantalon retroussé, partagent une serviette est aussi lumineux que familier à ceux qui pratiquent le lavage des pieds. Les réalisateurs veulent nous faire comprendre que nous assistons à une révolution, à une révélation !

Peu à peu, ils lèvent le voile de la nostalgie pour nous révéler que sous la cravate élégante et le cardigan coloré battait le cœur d'un tigre. Un petit tigre en peluche nommé Daniel, certes, mais doté d'une personnalité aussi puissante qu'Aslan, le grand félin imaginé par C.S. Lewis dans le monde mythique de Narnia.

« L’amour est à la base de tout : tout apprentissage, toute éducation des enfants, toutes les relations. L’amour ou son absence. Et ce que nous voyons et entendons à l’écran contribue à forger notre identité. »
— Fred Rogers

À sa manière, Fred Rogers était – et reste encore aujourd’hui, par son héritage – une voix prophétique d’une intégrité inébranlable, proclamant avec force les vérités de l’Évangile dans le désert télévisuel américain. Il était un précurseur de la contre-culture avant même que le terme n’existe.

Les producteurs commencent par diffuser des images de clowns aux comportements déplacés. On y voit comment un pasteur presbytérien, qui n'a jamais utilisé son titre de « révérend », a fustigé les contenus violents, abjects et toxiques régulièrement proposés aux enfants comme divertissement. Dans notre monde numérique en constante évolution, cela demeure un défi majeur pour l'Église.

Monsieur Rogers, quant à lui, a introduit un « royaume de paix », une communauté bienveillante qu'il appelait son « quartier », où chacun est accueilli et en sécurité. Ici, vous êtes invités à partager vos peurs les plus profondes, vos questions les plus essentielles, et même vos émotions les plus intenses, parfois terrifiantes, car elles, et vous-même, pourrez être accueillis et transformés.

Rogers n'a jamais dirigé de congrégation. Il a plutôt été un pasteur bienveillant pour des millions d'enfants américains. À ma connaissance, il n'a jamais parlé explicitement de Jésus. Il incarnait plutôt le Sauveur mieux que n'importe quel autre pasteur que j'aie connu.

Il a osé s'aventurer là où peu de programmes pour adultes osaient aller, et il l'a fait avec de très jeunes enfants. La plupart des « adultes », moi y compris, ont du mal à accepter le changement. Pourtant, les tout premiers épisodes de « Neighborhood » étaient consacrés à ce sujet. Dans un des premiers épisodes, le roi Vendredi XIII (ce monarque guidé par ses instincts que l'on retrouve dans tous les miroirs) craint que les masses ne s'approchent trop près du château. Sa première réaction est de construire un grand mur. Il est instructif, et d'une grande pertinence, de voir comment cela se déroule.

Le film prend son temps, à l'image de Fred Rogers, utilisant des extraits d'archives et des interviews posées pour nous montrer les difficultés rencontrées par cet homme. Il était confronté, par exemple, au dilemme de savoir comment et dans quelle mesure aborder la violence du monde réel avec de jeunes enfants, surtout après le 11 septembre. Sa femme et d'autres personnes nous racontent son évolution en tant qu'artiste et en tant que frère chrétien auprès d'un ami homosexuel.

Je souhaite que chaque anabaptiste, et même chaque Américain, puisse voir ce film. Je prie pour que certains soient inspirés à appeler et à encourager de nouvelles voix prophétiques : des personnes qui nous montreront et nous parleront des choses excellentes et dignes de louange (Philippiens 4:8-9).

Paula Bowser est une pasteure retraitée de l'Église des Frères.


À PROPOS DU FILM

Titre : « Veux-tu être mon voisin ? »

Classification : PG-13.

Date de sortie : 8 juin 2018.

Durée : 94 minutes.

Ce qu'ils en disent : « Un hommage poignant à cette figure paternelle douce et bienveillante qui a servi de guide moral à des générations. » — Rafer Guzman, Newsday

Note : Fred Rogers (1928-2003) était diplômé du séminaire théologique de Pittsburgh. Son émission, « Mr. Rogers' Neighborhood », était produite à Pittsburgh. Créée en 1963, elle a été diffusée à l'échelle nationale aux États-Unis à partir de 1968 et jusqu'en août 2001.

Paula Bowser est une pasteure retraitée de l'Église des Frères.