J'ai constaté une augmentation du nombre de nouveaux participants au sein de ma congrégation, dont plusieurs sont devenus membres récemment. Certains d'entre eux sont membres de longue date d'une autre congrégation de l'Église des Frères. D'autres découvrent tout juste notre héritage et notre tradition chrétienne. Certains cherchent un nouveau départ ici, après avoir été blessés ou déçus par d'autres églises.
Notre congrégation compte également de nombreux membres qui font partie de cette église depuis des décennies. Certains y sont nés ou y ont été amenés enfants il y a longtemps. Certains ont des parents, grands-parents et arrière-grands-parents qui étaient pasteurs de l'Église des Frères ou qui ont fait partie de communautés des Frères pendant des générations. D'autres font partie de notre congrégation depuis moins longtemps, mais leurs racines sont profondément ancrées dans l'Église des Frères ou d'autres groupes anabaptistes.
Participants de longue date et nouveaux membres de la communauté, Frères de toujours et personnes fortement influencées par d'autres traditions chrétiennes : comment pouvons-nous construire une communauté ensemble ?
L'unité en Jésus
Les paroles culminantes du dernier chapitre de l'Évangile selon Matthieu sont celles que Jésus adresse à ses disciples après sa résurrection. Ayant éprouvé la douleur de sa mort et la joie de sa résurrection, ses fidèles se demandent peut-être : « Et maintenant ? » Les disciples répondent aux instructions que Jésus a données aux femmes rassemblées au tombeau et se retrouvent en Galilée, sur la montagne. Ce lieu, à l'instar du Sermon sur la montagne (Matthieu 5-7), confère à Jésus une portée théologique particulière. Il le situe entre ciel et terre, soulignant ainsi sa double nature, à la fois humaine et divine.
L’Évangile selon Matthieu indique que les disciples l’adoraient, mais que « certains doutaient » (28,17). Cette incertitude prépare le terrain pour ce que l’on appelle désormais le « grand mandat », les dernières instructions de Jésus à ses disciples dans le récit de Matthieu.
Tout d'abord, Jésus leur assure de son autorité. Les références au ciel et à la terre sont doublement soulignées par le lieu précis sur la montagne et par la résurrection dont on vient d'être témoin. L'accent est clairement mis sur le lien sacré et puissant qui unit Jésus au seul vrai Dieu.
Les deux versets suivants (vv. 19-20) contiennent de nombreux verbes : aller, faire, baptiser, enseigner, obéir, se souvenir. Jésus envoie ses disciples dans le monde entier. Ils reçoivent l’ordre de partager le message, la Bonne Nouvelle, avec tous ceux qu’ils rencontrent, partout. Historiquement, ce commandement a parfois servi à imposer un système doctrinal à des groupes, mais il est peut-être plutôt conçu comme un modèle vivant, fondé sur une relation à la fois avec l’humanité et avec Dieu.
Enfin, les paroles de Jésus apportent une seconde assurance, soulignant cette fois qu'il sera toujours avec eux.
Mais avant tout, et c'est important, avant même que Jésus ne donne ses instructions, les disciples l'adorèrent. Même s'ils doutaient, ils l'adorèrent. Même s'ils ignoraient ce qui allait suivre, ils l'adorèrent. Malgré la diversité de leurs points de vue et de leurs niveaux de compréhension, ils l'adorèrent. Et ils l'adorèrent ensemble, non pas individuellement ni seuls.
Cette assurance donnée aux disciples et l'appel à partager cet amour avec autrui s'étendent au-delà de leur personne individuelle pour englober les communautés de fidèles qui cherchent à approfondir leur relation avec Dieu et entre eux. L'Église est ainsi rassurée et appelée à diffuser la Bonne Nouvelle pleinement et holistiquement, par-delà le temps et l'espace.
L'unité dans la communauté
L'épître aux Hébreux, à l'instar des derniers versets de l'Évangile selon Matthieu, vise à rassurer les premiers disciples du Christ et à les inciter à l'action. Dans ce livre, probablement écrit à la fin du premier siècle, certains croyants semblent en proie au doute. Ils n'ont pas vu le retour de Jésus, comme ils l'espéraient. Avec le temps et l'espace écoulés depuis son ministère, il leur est peut-être plus difficile de demeurer fidèles.
L'auteur inconnu de l'Épître aux Hébreux s'efforce de rappeler aux croyants le fondement de leur foi en Jésus-Christ. Au chapitre 10, il leur rappelle le pardon accessible par l'amour et l'adoration de Jésus. La mort de Jésus est interprétée comme une offrande, un sacrifice pour l'humanité, d'une valeur infiniment supérieure aux offrandes faites lors du culte par les prêtres (v. 11).
Dans Hébreux 10:24-25, le rôle de la communauté est mis en lumière. Le rôle de la communauté des croyants est de « s’inciter les uns les autres à l’amour et aux bonnes œuvres ». Dans la traduction de la Bible en anglais courant, ce culte communautaire a pour but de « susciter l’amour et les bonnes œuvres ». Une énergie créatrice, bénéfique à autrui, se développe lorsque des amis bien-aimés sont réunis avec Dieu.
Il est également rappelé à la communauté des fidèles de continuer à se réunir pour le culte (v. 25). Il semble que certains ne le fassent pas. Ils sont aussi invités à s'encourager, à se soutenir et à s'édifier mutuellement, toujours davantage. Leur espérance demeure dans l'avenir : le retour de Jésus. Cette idée était familière aux premiers Frères et autres anabaptistes pour qui l'entraide et le soutien mutuels étaient essentiels à leurs relations.
L'unité dans l'héritage
En 2025, l'Église des Frères, aux côtés des mennonites et d'autres groupes anabaptistes, a célébré le 500e anniversaire du mouvement anabaptiste. L'année 1525 est considérée comme le point de départ de l'anabaptisme : le premier groupe se réunit pour le culte à Zurich, en Suisse, et se fait rebaptiser, remettant ainsi en question l'alliance politique entre l'Église et l'État. Par cet acte, ils affirmaient leur unité dans une nouvelle compréhension de la proclamation de Jésus-Christ – ou peut-être une compréhension très ancienne – et leur désir de renouer avec les pratiques des premiers disciples chrétiens.
Bien que le baptême soit une expérience profondément personnelle d'engagement envers Jésus, il s'agit également d'un acte de culte communautaire. Le caractère public du baptême chez les Frères est essentiel pour comprendre la sollicitude de Dieu envers chacun et tous. Pour certains, assister au baptême d'autrui ravive le souvenir de leurs propres vœux et de leur propre expérience baptismale. Entendre le bruit de l'eau lors de l'immersion et voir l'eau ruisseler peut replonger les spectateurs dans leurs propres souvenirs. Ils se rappelleront peut-être la sensation de l'eau et les personnes présentes lors de la cérémonie.
Le langage des vœux baptismaux des Frères trouve son origine dans les instructions de Matthieu 28, qui enjoignent de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (v. 19). L’héritage des Frères est riche et étendu, remontant à plus de 300 ans, jusqu’à la fondation de l’Église des Frères en 1708.
Le mouvement anabaptiste a débuté il y a plus de 500 ans. L'Évangile selon Matthieu a été écrit il y a près de 2 000 ans. On retrouve l'unité dans chacun de ces héritages. Identifier l'histoire et les courants théologiques communs auxquels nous appartenons renforce nos liens et contribue à asseoir notre identité en Christ.
Nous vivons dans des cultures et à des époques très différentes, mais l'unité que l'on trouve dans l'amour de Dieu et l'amour du prochain, lorsque nous adorons Jésus ensemble en communauté, résiste à l'épreuve du temps.
Cette étude biblique est une réimpression du numéro du printemps 2026 de * A Guide for Biblical Studies*, publié par Brethren Press. Ce numéro a été coécrit par Naomi Kraenbring et Liz Bidgood Enders, membres de l'équipe pastorale de l'Église des Frères d'Elizabethtown (Pennsylvanie).

